Psycho de Gus Van Sant

Publié le par Peggy Saule

Adélaïde tisse sa toile. Comme une « Red Back Spider » elle se veut intrigante et terrifiante. Ce qui explique la flopé de films comme Scream, I know what you did last summer, et la cerise sur le gâteau (ou plutôt le glaçage sur le pudding) c’est bien sûr Psycho de Gus Van Sant, reprise du film du même nom d’Alfred Hitchcock. On ne pouvait manquer un tel évènement cinématographique !

Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un film d’angoisse dans lequel s’entremêlent vol, meurtres, et mensonges. Bref on est loin d’Amour - Gloire - et Beauté ! Ayant vu l’original nous y sommes allés avec un désir d’impartialité pour ne pas préférer d’office l’original.

La trame scénaristique se veut fidèle, les plans et les décors identiques. Il s’agit d’un hommage au Père vénéré du cinéma, un hommage moderne : haut en couleur et avec de nouveaux acteurs. Bien plus qu’une adaptation du chef d’oeuvre d’Hitchcock, Van Sant nous présente une reproduction destinée au jeune public n’ayant plus la possibilité de voir sur grand écran le film le plus effrayant de l’histoire du cinéma. Nous verrons plus tard si un tel projet aux attentes des jeunes cinéphiles.

Mais pour le moment place au film.

L’histoire : Une mallette remplie de Dollars à garder pour le week-end. La tentation de la dérober est grande, et notre héroïne le sait bien. On la suit avec une certaine ivresse dans ses doutes, dans son passage à l’acte, dans sa fuite et sa paranoïa. Tout comme elle, on se retrouve projeté dans un hôtel sordide où la seule trace de vie est une collection de bêtes féroces empaillées. L’ambiance est plutôt glauque ! Un gérant d’hôtel énigmatique. Une mère oppressante. Une ombre derrière un rideau de douche... des cris... du sang. On s’éloigne du côté suggestif créé par le liquide noirâtre qui sortait du corps de Janet Leigh dans la version originale pour atteindre l’excès du genre gore.

Rire ou pleurer telle est notre question : la belle blonde a déjà pris cinq coups de couteaux dans le ventre, mais c’est une dure à cuire, alors la caméra nous fait un beau gros plan sur le couteau … en plastique !

Avec deux versions si proches l’une de l’autre, on s’attend à être cloués d’effroi dans notre fauteuil. Les multiples anachronismes ne favorisent pas la crédulité du spectateur. Pour un film qui se passe en Décembre 1998, on s’étonne de voir l’héroïne en petit tailleur étriqué couleur vieux rose type années cinquante, et les hommes en costume trois-pièces. De même, quand la secrétaire utilise le téléphone à roulette de ma grand-mère, on ne peut s’empêcher de penser que le temps des « téléphones blancs » du cinéma italien est définitivement révolu.

Bref nous voici avec un assassin, un mort, la famille de la victime qui cherche la défunte sans grande conviction. Bientôt un deuxième mort et dès lors on constate que la psychose de cette fin de siècle manque sérieusement de finesse.

Le désir de Gus Van Sant était clair : recréer au plus proche le modèle révéré. Le but est atteint sans conteste - mais si excessivement que l’on pourrait croire qu’on a pris les négatifs du film d’Hitchcock et qu’on les a trempés dans la couleur !

Le problème est qu’à vouloir retranscrire exactement l’original Gus Van Sant oublie le principe même du film d’angoisse : la parfaite maîtrise des limites au-delà desquelles l’invraisemblable n’est plus crédible. Dès lors on peut difficilement tolérer ces quelques billevesées abusives qui, en substituant la littéralité à l’implicite neutralisent la signalétique hitchcockienne.

Publié dans Cinéma critique

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